Lundi 30 mai 2005

La courbe du bonheur, de tes ailes à tes reins,

Avait des reflets incertains.

Tu regardais le monde

Comme on s'inquiète un peu

Les silences, les mensonges,

Les vieux...

T'étais belle comme la vie ou comme la vérité..

Ca dépendait du baiser.

Les manèges frissonnaient dans la rue des oeillets,

Et Jimmy, pénard, pédalait

Quand ses yeux ont glissé sur ta p'tite jup' Vichy...

C'est comme ça qu'l'accident s'est produit.

La vie, c'est pas grand-chose, surtout quand on n'est rien.

Un genou, ça vous change un destin.

Quand tu l'as ramassé, au pied du châpiteau,

Y'avait des pinces à vélo.

Tous les chevaux de bois ont le même regard.

Tous les chagrins d'enfant ont la même mémoire.

Le bonheur se balance

A la queue du Mickey..

C'est pas d'chance;

Tu l'as encore raté!

La courbe de l'espoir, de tes ailes à tes reins,

Avait des replis enfantins..

Tu lui offrais le monde

En t'inquiétant, pourtant,

Des serments, des mensonges,

Du temps.

T'étais belle comme la vie ou comme la vérité..

Ca dépendait du baiser.

Et dans un p'tit hôtel dont je n'f'rai pas l'tableau

- Sauf, par terre, les pinces à vélo -

Vous avez, comme des mômes déclinés la folie,

La fureur, la brûlure, l'ennui.

L'amour c'est d'la guimauve et deux sous d'baratin..

Ca t'prend tout, puis d'un coup, y'a plus rien..

Quand il s'en est allé, t'as remonté les draps.

Le manège fermait déjà.

Tous les chevaux de bois ont le même regard.

Un p'tit tour... deux ou trois...

C'était une belle histoire.

Le bonheur se balance

A la queue du Mickey..

Cest pas d'chance,

Tu l'as encore raté!

La courbe du bonheur, de tes ailes à tes reins,

Avait des reflets incertains.

Tu regardes le monde

Et tu t'inquiètes un peu :

Des silences, des mensonges,

Des vieux.

Tu s'ras belle comme la vie ou comme la vérité..

Ca dépendra du baiser.

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
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Jeudi 19 mai 2005

10H1/4

Elle débarquair sur le boulevard..

"Ca c'est une gosse!" disait Gégé

"Vive le progrès!

Ses bas coutures et son jupon

Qui s'faufilent entre les tractions..

C'est comme si j'les voyais d'avance

Les lend'mains qui chantent."

"A midi pile, la voir de dos" disait Jojo

"Ca m'rend marteau

Quand elle se penche

J' l'coeur qui flanche."

Il rêvait de petits bateaux

Le nez collé sur les carreaux..

"Ca m'étonnerait qu'elle se tracasse

Pour la lutte des classes!"

Elle travaillait chez Monsieur Pierre

Pour ainsi dire comme secrétaire.

C'était avant la crise.

Elle portait des robes en lamé.

C'est pas pratique pour pédaler

Mais c'est fou comme ça brille..

Mais c'est fou comme ça brille!

Une anisette, un Cinzano

Un p'tit vélo..

"J'en oublie même

Louise Michel.

C'est pas trop tôt!"

Après les rouges, un pousse-café..

"J'te jure Jojo" disait Gégé

Qu'un jour ses bas se f'ront la paire

Pour un prolétaire!"

Elle tricotait sans supplément

L'après-midi chez Maître Armand

C'était avant la crise.

Elle portait des robes en lamé

C'est pas pratique pour pédaler

Mais c'est fou comme ça brille..

Elle reprisait quelques étoiles,

Avant minuit, chez l'Amiral.

C'était après la guerre.

Et quand ces messieurs lambinaient,

D'une voix mutine elle leur chantait

De la chanson française..

Si, si.. la Marseillaise.

Des freins qui cassent,

Un vol plané dans les carreaux..

Et v'là la gosse

Qui tombe pile dans les bras d'Jojo!

"Savon Cadum et rouge-Baiser,

Y'a même pas d'questions à s'poser:

Ca fait vingt ans

Qu'on la prépare

La nuit du Grand Soir!"

Elle travaillait chez Monsieur Pierre

Pour ainsi dire comme secrétaire.

C'était avant la crise.

Elle portait des robes en lamé.

C'est pas pratique pour pédaler

Mais c'est fou comme ça brille..

Elle reprisait quelques étoiles,

Avant minuit, chez l'Amiral.

Mais depuis cette histoire..

Quand ces beaux messieurs lambinaient,

D'une voix mutine elle leur chantait

"C'est la lutte finale!"

Si, si.. l'Internationale!

.

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
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Dimanche 15 mai 2005

Elle a levé toutes les lignes

Et remonté tous les casiers.

Ses pêches sont apprivoisées,

Elle se fait connaître d'un signe.

Elle a levé toutes les lignes.

Elle a des tempêtes fragiles

Comme le cri de la criée,

La mouette du chalutier

Qu'elle me plonge dans la poitrine.

Elle a des tempêtes fragiles.

Elle sait les courses au bout de l’océan,

Les tambours que personne n’entend,

Les chevaux qui s'envolent sans retour...

Elle est la marge des jours.

Elle a de longs yeux verts marine

Et, quand s'embrase la jetée,

C'est elle qui règle la marée

Au rythme couchant de ses cils.

Elle a de longs yeux verts marine,

Des valses, des berceaux blancs, des îles,

Des balises d’éternité,

Des passes à perdre les voiliers

Et de grands meurtres immobiles..

Des valses, des berceaux blancs, des îles..

Elle sait les sources où s'inverse le temps,

Les secours à nos chagrins d'enfant,

Les chevaux qui s'envolent sans retour...

Elle est la marge des jours.

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Dimanche 15 mai 2005

Elle avait la splendeur d'un grand soir de première.

Il lui disait des vers sous un vieux parapluie.

Elle a ri aux éclats. Ca l'a jeté par terre.

Et ses rimes ont pleuré dans les brumes de la nuit...

C'était un homme de plume.

C'était une fille légère.

J'ai connu des amours

Qui pesaient pas bien lourd.

Elle tricotait ses charmes dans l'impasse des amours.

Il tripotait les armes dans les casses des faubourgs.

Puis, le jour, ils bossaient à la banque des flambards

Et viraient leur pactole dans une planque, en dollars.

C'était un homme de paille.

C'était une fille de flamme.

J'ai connu des heureux

Qui n'ont pas fait long feu.

... De ces histoires terribles, j’en ai croisées cent fois,

Avec des filles de peine, avec des hommes de joie,

Ou bien des femmes d’argent avec des types en or,

Ou bien l’inverse aussi pourvu qu’on soit d’accord.

Mais pour ma p’tite morale, j’vous ai gardé celle-ci

Qui prouve que, dans la rue, y’a d’la tendresse aussi:

C’était une fille perdue,

C ’était un gosse trouvé,

Ils cherchaient.

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Samedi 14 mai 2005

Le soleil de Guyane

Embrasait vos genoux.

Des odeurs de gentiane

Enivraient vos frous-frous.

Un trois-mâts pour l'Afrique

Embarquait ses pioupous.

Je partais, Agrippine,

A cause de vous.

Nous nous revîmes en France

Un quatorze Juillet,

Mais j'étais en partance

Pour la guerre de Crimée.

L'Italie fut un hymne

A nos corps d'amadou.

Au ciel de Cochinchine,

Je crus à l'amour doux.

Mais pointaient les canines

Sous vos lèvres acajou,

Vous aviez, Agrippine,

Des ardeurs de loup.

Nous nous revîmes, je crois,

Au pied de l'Obélisque

Quand Napoléon III

M'expédiait au Mexique...

Sur vos grands yeux noisette

Dansaient des écureuils

Qui se cognaient la tête

Quand vous faisiez la gueule...

A Sedan, la maline

M'a prise par le cou.

Vous aviez, Agrippine,

Des fureurs de loup!

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Vendredi 13 mai 2005

Y'avait quelques pointures au café des tilleuls,

Johnny ou sa doublure, Jésus ou son filleul..

Des qui rêvent de princesse en faisant leur loto

Et qui, en attendant, s'commandent un monaco.

"Un demi pour maman, bien mousseux pour l'artiste"

Y'avait du sentiment, du vécu, d'la Trappiste

Quand Maurice, en pétard à son septième canon

Se dressa en hurlant "Nom d'un accordéon!

Quand y'aura plus qu'des banques

Et des enfants perdus

J'me f'rai pas saltimbanque

Pour l'armée du salut!"

On entendit d'un coup toutes les chopes se poser.

Et les rires se noyèrent dans les dernières gorgées.

Oubliées la Duvel, Lola, la Mort subite

Y'avaient 35 gosiers qui attendaient la suite.

"Au troisième millénaire, se risqua un blanc-bec,

Les médias nous prédisent un bonheur planétaire.."

Admirez dit Momo...Qu'il est beau l'genre humain..

Pour gober ses conneries vaut mieux pas être à jeun!"

"Quand y'aura plus qu'des banques,

Et qu' les andouilles vol'ront

Y'aura toujours des branques

Pour faire rire les patrons!"

On rit, on applaudit, "Par ici la tournée!"

Le môme eut son Coca et Momo son succès.

Y'avait du sentiment, du vécu, d'la pratique

"Un demi pour maman, un sérieux pour l'artiste!

Quand y'aura plus qu'des banques

Et des enfants perdus

J'me f'rai pas saltimbanque

Pour l'armée du salut!"

 

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Mardi 10 mai 2005

J’ai repensé à la vie brève

En t’attendant.

J’ai suivi le cours de tes lèvres

En y rêvant…

J’ai vu la mer dans tes cheveux,

Mon bateau danser dans tes yeux..

Même s’il s’égare

Le temps n’est jamais en retard.

Il sait même parfois se poser

Pour un baiser.

Qui a trouvé sa source a des désirs d’enfant

Je me désaltérais rien qu’en te regardant.

La place était transie, déserte,

Presque ridée.

J’avais trois jours, six mois, à peine

Quelques années.

Je t’ai imaginée à l’angle

De la rue Neuve et de novembre..

Même s’il s’égare

Le temps n’est jamais en retard.

Il sait même se faire pardonner

D’un seul baiser.

Qui a trouvé sa source a des désirs d’enfant

Je me désaltérais rien qu’en te regardant.

Et puis tu revenais…Tu reviendras, pas vrai ?

Et la bouche étourdie, sur ton front, je buvais.

J’ai repensé à la vie brève..

Je suivrai le cours de tes lèvres.

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Mardi 10 mai 2005

Le midi elle allait au café d'Angleterre

Ecrire en fredonnant des poèmes au garçon

Sur des sous bocks de bière ou bien sur l'addition.

Quand ça le faisait rire, elle lui payait un verre.

Sur la place elle voyait ses copains d'atmosphère

Ceux qui parlent très fort, ceux qui pensent pas beaucoup...

Qu'on rêve avec Tati, Chanel ou Dieu le père,

Le bonheur c'est toujours un refrain de dix sous.

Et le soir elle chantait dans les beuglants du coin

Des chansons d'amour et de marins

Rehaussées de flons-flons et de dégueulandos

Comme quand passe la ducasse à Pierrots.

Pour faire ça, Messieurs-Dames, faut avoir la manière..

Savoir rire de tout mais se faire respecter

Du larbin, du banquier ou de la couturière

Se moquer de soi-même aussi... et faire pleurer.

Sur la piste à minuit, y'a plus que des gamins.

Ceux qui espèrent encore et ceux qui n'ont plus rien.

Qu'on viennent d'Aubervilliers, Wazemmes ou Saint Malo,

Y'a toujours un couplet qui nous colle à la peau.

C'est pour ça qu'elle chantait dans les beuglants du coin

Des chansons d'amour et de marins

Croulant sous les flons-flons et les dégueulandos

Comme quand passe la ducasse à Pierrots.

Un soir elle s'est assise. Elle a dit:"J'passe le tour.

La p'tite Lulu, j'vous jure, elle chante comme un amour.

Et qu'on n'en parle plus, demain je serai là

Pour applaudir l'artiste en riant aux éclats!

Sur la piste à minuit y'a plus que des gamins...

Ceux qui espèrent encore et ceux qui n'ont plus rien.

Mais qu'on soit solitaires, amants ou légitimes

Y'a toujours un p'tit air dont on connaît la rime...

Oui! J'écouterai chanter dans les beuglants du coin

Des chansons d'amour et de marins,

Bercée par les flons-flons et les dégueulandos,

Comme quand passe la ducasse à Pierrots.

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Lundi 9 mai 2005

Je viderai ma mort au fond de l’encrier

Et la recouvrirai des pleins, des déliés

De cette page blanche où je t’appelle encore

Avec ma soixantième plume “Sergent Major”.

Je me suis tant battu pour venir jusqu’ici...

Nos plus beaux cris d’amour ne seront pas écrits.

Les rides et les chemins qu’on voulait nous tracer,

Je les laisse avec toi au bord de l’encrier.

Ton silence est l’enfance où je pose mes nuits.

Ce rythme où je retrouve ma première mélodie

Et cette page blanche où je t’appelle encore

Avec ma soixantième plume “Sergent Major”.

On enfilait les mots comme de vieux uniformes

En cachant nos mémoires dessous nos tabliers..

Le progrès, le devoir, la morale et la norme:

Dis, comment faire un homme avec un encrier?

Lignes penchées à droite ou lois du subjonctif,

On rêvait d’écorcher le verbe du voisin,

Cogner nos pauvres poings contre les mots des riches:

“Tout à l’heure, dans la cour, je serai musicien!”

Je viderai ma mort au fond de l’encrier

Et la recouvrirai des pleins, des déliés

De cette page blanche où je t’appelle encore

Avec ma soixantième plume “Sergent Major”.

Je me suis tant battu pour venir jusqu’ici...

Nos plus beaux cris d’amour ne seront pas écrits.

Les rides et les chemins qu’on voulait nous tracer,

Je les laisse, avec toi, au bord de l’encrier.

Les mots ont des regards, des sanglots, des baisers,

Mais le vide me prend au bord de leur cahier..

Pour aller refleurir le pays d’où tu viens,

Tout à l’heure dans, mon amour, je serai musicien.

Je viderai ma mort, je viderai... Je vis!

Je.. Jeu.. Je.

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Lundi 2 mai 2005

Je dormais bien.

Tu rêvais mal.

On n'avait pas les mêmes étoiles.

Tu parlais bien.

Je chantais mal.

J'croyais qu'ça v'nait

Des cordes vocales.

La nuit c'était pas l'grand frisson.

Le jour, c'était pas l'unisson.

Il t'aimait bien.

Je t'aimais mal.

C'est une question de classe sociale.

Il pensait bien.

Je payais mal

Et vous lisiez le même journal.

Si je suis resté su'l carreau...

Ben.. C'est d'la faute au Figaro!

J'm'appelle Lucien.

Y s'app'lait Charles.

Y m'dit : "Monsieur, faut qu'je vous parle".

Je boxais bien.

Il courait mal.

On l'a repêché dans l'canal.

Tu m'as dit derrière les barreaux :

"Ben.. J'te croyais pas si costaud".

Ca fait dix ans

Que tu m'attends.

C'est de plus en plus excitant.

Tu m'dis : "T'es beau,

J't'ai dans la peau!".

Tu m'as fait passer mon bachot.

C'est aujourd'hui qu'j'me fais la malle.

Tu m'as d'jà trouvé du travail.

Plus j'ai la classe,

Plus ça m'angoisse.

Rentré chez nous,

J'trouve plus ma place.

Depuis hier

T'as tes grands airs.

Tu m'dis : "Lucien, t'es trop pépère.

Moi, je n'suis bien qu'si tu m'fais mal...

Rejoue moi le coup du canal!".

Je dormais bien.

Tu rêvais mal.

On n'avait pas les mêmes étoiles.

Tu parlais bien.

Je chantais mal.

J'croyais qu'ça v'nait

Des cordes vocales.

La nuit c'était pas l'grand frisson.

Le jour, c'était pas l'unisson!

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