Lundi 2 mai 2005

Je te retrouverai, si tu veux, cet hiver.

J'aurai plein de credos, de désirs et de riens...

Quand les soleils couchants de la Cave aux cent bières

Danseront dans ma chope comme des rires de gamins,

Je dirai que je t'aime en te prenant la taille.

Le chef nous apprendra des chants gastronomiques

Pour des canards flamands ou des coqs à la gueuse.

Le pianiste, en riant, nous jouera des cantiques

A faire briller l'écume aux yeux des femmes heureuses.

Tu oublieras le bruit de nos pauvres chamailles.

Et la mer,

Là, juste à côté sur la place...

Et la mer,

Celle qui me reprend quand tu pars,

Quand tu passes,

Quand tu me reviens...

La mer ramènera tes vieux rêves bleuis

De la gare infidèle au beffroi de minuit...

Reste encore, reste un peu.

Les bourgeois descendront l'escalier richement:

La dentelle frileuse et l'orgueil engourdi.

Nos regards, sous leurs pas, lèveront l'Astrakan,

Trop certains d'y trouver le berceau de l'ennui

Et tu diras "peut être" en dessinant mes rides.

Le vieux maître d'hôtel, dans un effet de manche,

En voulant t'éblouir, versera, tout tremblant,

Sa plus belle trappiste sur ton jean du dimanche

Et je serai jaloux ou je ferai semblant...

Puis nous rirons très fort, comme font les artistes,

Et la mer,

Là, juste à côté sur la place...

Et la mer,

Celle qui me reprend quand tu pars,

Quand tu passes,

Quand tu me reviens...

La mer ramènera, pour la fin de l'entr'acte,

Les brouillons de nos vies jusqu'au pied du théâtre...

Reste encore, reste un peu.

Je te retrouverai, si tu veux, cet hiver.

J'aurai plein de crédos, de désirs et de riens.

De ce qui te fait peur à ce qui me retient,

Tout paraîtra si bête dans le fond de nos verres

Que nous nous rejouerons les plus tendres répliques...

Et la mer,

Là, juste à côté sur la place...

Et la mer,

Celle qui me reprend quand tu pars,

Quand tu passes,

Quand tu me reviens...

La mer ramènera, pour un nouveau miracle,

Nos premiers mots d'amour aux portes du théâtre,

Reste encore, reste un peu...

Je sais de vieux amants qui retrouvent un pays

Quand la fierté n'est plus qu'un remords, dans la nuit...

Reste encore, si tu veux.

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 2 mai 2005

Sa vie, il l'a donnée un soir

A une fille de vingt ans.

En caressant son ventre noir,

C'était la mère, c'était l'enfant

Qu'il croyait découvrir en elle

Et il a dit, en l'embrassant:

"Puisque l'amour est éternel

Je vais encore vivre longtemps.

Je vais vivre des vents du nord,

Des soleils aux bras déployés

Et des tempêtes de décor

Et des matins de vérité,

Des amours aux voiles perdues

Dans les encoignures du soir,

Du vice à vieillir la vertu

Dans les couloirs du purgatoire.

Je vais avoir le temps, hélas!,

De me prouver que j'aurais pu,

Bien avant, brader ma carcasse

Et m'en aller seul dans la rue,

Sans rien, sans remords, sans passé,

Sans brav' gens pour compter les coups,

Sans bonnes moeurs à respecter,

Sans orgueil à mettre à genoux...

Et puisque j'aurai tout ce temps

Et toute cette liberté,

Toi qui as mon coeur entre tes dents

Tu vas pouvoir en profiter.

Va! J'ai envie que tu me mordes,

Que tu me rendes mes sanglots.

Puisque tu m'as passé la corde,

Serre la un peu... Un peu trop..

Oui! J'ordonne que tu me blesses,

Je veux pleurer comme un enfant

Et puis crouler sous tes caresses

Et puis mourir en t'embrassant...

Mais m'en relever bien plus fort

Et croire alors que, pour toujours,

J'ai appris à vaincre la mort

J'ai appris à gagner l'amour.

Viens! Tu dois m'apprendre ton âge

Et sa force d'éternité,

Nous allons faire un beau voyage,

J'ai ma vie à recommencer.

Sous tes doigts mes rides s'envolent.

Tu verses l'azur dans mes yeux.

Sur ton coeur mon coeur caracole.

Tu me rends beau, tu me rends Dieu!"

Mais la fille était bien trop frêle

Pour une telle destinée.

Et son amour, et sa cervelle

Bien trop petits pour résister.

Elle s'est enfuie en pleurant,

Laissant tout seul devant sa glace,

Un vieillard au rire dément

Chercher l'printemps

Dans ses grimaces.

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 2 mai 2005

Le temps passe comme une orange.

Aujourd'hui j'ai treize quartiers.

Mars, Avril, Mai, Juin ou Juillet?

Je ne sais pas quel mois doubler.

Apprends moi celui qui s'échange

Contre le bonheur le plus doux:

Dis moi le morceau que tu manges...

Oh! Mais c'est déjà le mois d'Août...

Avant de courir en Septembre,

Le temps doit s'arrêter chez nous...

Et puis qu'il passe, si ça l'arrange...

Moi, je mords dans le dernier bout!

Regarde: tu as du jus d'orange

Sur les genoux.

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 1 mai 2005

Mon amour, donne moi tes rires

Pour les gamins de Mexico,

De Bucarest, de Bamako,

Pour qu’ils construisent leur empire

Avec, simplement,des soucis d’enfance.

Mais si tu ne le peux pas

Ca n’a pas d’importance.

Je dormirai dans tes bras

Immenses.

Mon amour, va porter leurs rêves

Aux gosses d’Algérie, du Brésil,

De Bagdad ou de Tchernobyl..

Va rendre sa force à la sève

Et que tous les loups du marché en crèvent!

Mais si tu ne le peux pas

Il faudra que j’y pense

Avant d’aimer dans tes bras

Immenses.

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 10 mars 2005

Un matin de fronts bleus, dans une lande douce,

J'aurai le bruit des pas que tu voulais entendre,

Une pâleur tranquille qu'il te faudra comprendre

Et tu suivras ma course.

Dans mes brassées de rêves tu ne trouveras rien,

Ni les couleurs du vent, ni les doigts de l'oiseau,

Ni même la rumeur, ni même le roseau

Mais tu prendras ma main.

Puis, tremblants du miracle et des pudeurs de l'autre,

Inquiets de nos blessures comme de nos  aveux,

Etourdis des fanfares et des chagrins de l'aube,

En marchant droit et fort nous fermerons les yeux.

 

Une femme viendra nous prendre par l'espoir,

Les épaules coulées comme ces rives blondes

Qui bercent des ruisseaux de tendresses profondes,

Là-bas, dans tes miroirs.

Elle nous emmènera, tu sais bien, au milieu

De désirs familiers pleins de chevaux farouches,

De baisers retrouvés, de bruyères et de mousse

Et nous serons heureux.

Puis invités, sans doute, par ces troubles saisons,

Etonnés juste un peu de la saveur des choses,

Pour des lueurs nouvelles aux lisières de ta robe,

Aux prairies de nos coeurs, nous nous arrêterons.

 

Tout ce qui s'imagine est l'espoir du possible,

Quand ces jours qui s'engrangent sans qu'on les ait fauchés

Ou sans qu'on s'en souvienne, reviennent nous chercher

Dans leurs gestes paisibles.

Tu verras, nous aurons d'incroyables moissons

Avec des cris de fêtes accrochés à nos doigts,

Nous irons affranchir nos fleuves et nos lois

Puis, comme deux coupables, nous nous séparerons...

Je t'aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 mars 2005

Dans le petit Larousse,

Ce que j’aimais le plus

C’était, page 312,

La naissance de Vénus.

Mais, à l’adolescence,

La libido fluctue

Bientôt ma préférence

Alla vers les statues.

David, de Michel-Ange,

Me séduit illico

Pour ses yeux en amande

Er ses p’tits abricots.

Je partis pour Florence

Le cœur plein d’appétits…

J’en suis rev’nu guéri!

David à son époque

Aurait fait sensation.

Mais y’a un truc qui m’choque

Moi.. C’est les proportions.

Ce type a la grosse tête

Et les pieds à l’avenant

Mais vous parler du reste

Ca s’rait désobligeant.

Passons sur la copie

Qui se gèle sur la place.

Un appendice transi

On le sait, se rétracte.

Mais la sculpture, la vraie

Née de la main du maître

Ne mesure, au musée,

Que quelques centimètres!

Et l’organe est si sage

A l’abri, bien au chaud

Que les femmes de ménage

Avec leurs grands plumeaux

Ne le dérident pas..

Bref.. il reste de marbre!

Au moins en cet état

Est-il presque inusable.

Mais je sens que j’agace..

J’aurais quelques complexes

Exacerbés par l’age

Des fixations perverses

(Ah.. les femmes de ménage !)

J’afficherai des penchants

A ce point inverti

Que madame trouve urgent

D’embrasser son mari.

Alors.. mieux vaut conclure...

J’ai sur une étagère

Un David miniature

Et un vieux dictionnaire.

Lorsque Vénus s’ennuie

Elle et lui.. Quelquefois…

Mon Dieu s’ils y arrivent

C’est aussi bien comme ça..

Mais, franch’ment, ça m’embête

Moi qu’elle en veuille encore!

Qu’elle l’appelle « ma p’tite bête »,

Qu’elle soit dingue de son corps !

L’amour fait des prodiges

Mais là ça va trop loin !

Demain monsieur David

Vous serez nain d’jardin..

Entre Mannekenpis

Et un blond Chérubin,

Avec une feuille de vigne..

Ca vous ira très bien !

 

(texte dit en voix off dans le spectacle "Jour et Nuit" de Th. Rock.)

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 mars 2005

Et le monsieur de la terrasse

Te sourira, derrière la glace.

Et tu seras à nouveau une femme,

Même si ça ne sert à rien,

Madame.

Et la frime au pas des chalands

Te fera sourire un instant,

Un peu...

Juste ce qu'il faut pour plisser les yeux,

Parce que ça te va si bien:

Un sourire aux ailes malades,

Un soupir de vieux camarades,

Un p'tit bistrot comme dans les films,

Les mots d'amour des magazines,

Le grand art

Du dernier regard.

C'est pas qu'tu sois déjà aigrie,

Mais, quand même, c'est pas la grande vie:

Tous ces rubans de tendresse en réclame

Pour des gosses qui changent de trottoir...

La Bardot d'avant les scooters,

La p'tite poupée chez les gangsters,

La star qui faisait plier les langueurs du soir,

Y'a plus grand monde qui vient la voir.

Un sourire aux ailes malades,

Un faux air de gosse en cavale,

Tu fredonnes un dernier tango

Pour faire la nique au scénario...

Tu frissonnes.

Tu n'aimes plus personne.

Des décolletés et des rince-doigts,

Des financiers, des filles en soie,

Des p'tits fours et des coups fourrés,

Du pain béni, des pièces montées,

Du rimmel jusqu'au fond des yeux

Pour leur belle morale "sauve qui peut!"

Et leur bonheur qui n'apprend plus à être heureux..

Finies les idylles des idoles,

Ce soir tu replies ton vieux rôle,

Toute triste.

Il sont partis, les derniers grands artistes,

Tourner pour de nouvelles étoiles...

Demain, tu prendras plus l'journal.

Un souv'nir à jamais magique,

Un p'tit air de kiosque à musique,

Le bonheur qui parle de toi

Comme si tu étais encore là...

Non! Tu vas

Pas pleurer pour ça...

Un sourire aux ailes malades,

Un faux air de gosse en cavale,

Et tombe la nuit américaine,

Pour un p'tit éclat sur ta peine,

C'est toi

Qui vient cacher la caméra.

 

 

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 mars 2005

Le monsieur qui dansait avait des ailes blanches,

De longs cheveux filés par les valses du temps,

Des mains de solitude habillées de dimanche,

Des yeux de pluie posés sur des rires d'enfant.

Le monsieur qui dansait ouvrait la boite grise

Où vivaient les photos de l’amour et du temps

Du voilier de Saint Jean, des vacances aux Marquises,

De celle-là toujours assise par devant

Avec ses doigts croisés à barrer les alarmes,

De celle-là, toujours, et ses façons de femme.

Le monsieur s’en allait parfois les ailes lourdes

Mais tu courais, courais pour te pendre à son cou...

Un baiser sur le nez, un frisson sur la joue,

Tu lui disais:”Répète! Sinon c’est moi qui boude..”

Et tu te retrouvais valsant sur les épaules

D’un jeune homme en col blanc qui hurlait des “Je t’aime”,

Des serments, des pardons et même, des blasphèmes

Pour celle-là toujours à rejouer son rôle

De sagesse mêlée de blessure et de charme,

Pour celle-là, toujours, et ses façons de femme.

Le monsieur qui dansait avait des ailes blanches,

De longs cheveux filés par les valses du temps,

Des mains de solitude habillées de dimanche,

Des yeux de pluie posés sur des rires d’enfant.

Aujourd’hui, quand ton coeur s’élance des falaises,

Lorsque la peur se prend aux voiles de ta nuit,

Tu repenses au monsieur.. ou même, tu danses un peu..

Et tu es celle-là au devant de la vie

Qu’un frisson sur la joue protège des alarmes...

Et glisse dans tes yeux comme un secret de femme.

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 mars 2005

Dans les yeux de Mélodie je vois

Les jeudis de mon enfance:

Nappe à carreaux, marine et blanche,

Avec les géants du tour de France...

Le double six tentait une échappée

Mais c'est toujours

Moi qui gagnais,

Moi qui gagnais le tour.

Dans les yeux de Mélodie je vois

Les framboises et le lilas,

Pacha qui tape sur le miroir

Et qui s'en va griffer les pivoines,

Les gueules-de-loup...

Maman qui crie "au fou!"

Et puis qui rit,

Qui rit si fort,

Qu'elle me rassure encore.

Dans les yeux de Mélodie je bois

Les sources de mon enfance.

Et c'est elle,

Avec sa marelle,

La violette qui pousse sous sa peau blanche

Et qui fleurit...

C'est elle, au paradis

Où elle me nomme,

Qui me redonne

La vie.

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 mars 2005

C’est au carrefour du Romarin

Des gueules-de-loup et des oeillets,

En dix neuf cent soixante et un,

A quinze ans, que je t’ai croisée.

Après les jardins ouvriers,

On déboulait droit sur l’avenue.

C’était midi. Le ciel riait.

Et je suis sûr de t’avoir vue.

On faisait du grec, du latin...

Tout ce que nos parents voulaient.

Même si ça na servi à rien,

Ca faisait bien dans le quartier.

Avec son oncle ambassadeur

Et ses p’tites entrées chez Malraux,

Fredo comptait pas pour du beurre.

D’ailleurs c’était lui le plus gros.

Moi je parlais de ma guitare

Et je frimais comme un artiste.

Derrière marchait Michel Delebarre,

Celui qui a fini Ministre.

Tout ça pour te dire qu’à cette heure,

A ce carrefour, en ces temps là,

Les mômes se voyaient pas chômeurs.

Salazar, on connaissait pas.

Les révolutions étaient faites

Et nous, on avait tout compris!

Pourtant quand j’ai tourné la tête

Au coup de klaxon du mongy,

J’ai vu ton reflet dans la glace.

C’était bien toi.. Fleur au fusil,

Tâches de rousseur et Pataugas..

Et moi, l’idiot, un peu groggy,

Les dents scotchées sur mon chewin-gum,

J’ai pressenti l’amour d’un homme

Et j’ai couru vers la vraie vie.

Par BARROIS - Publié dans : lespincesavelo
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés