lespincesavelo

Dimanche 4 janvier 2004

Décadence

On en viendrait, jeune homme, à aimer les statues,
 
A poser sur leurs seins nos crânes déjà vides,

Rafraîchir à leur marbre la blessure de nos rides, 
S’endormir lourdement à l’ombre de leur cul...

On en viendrait, jeune homme, à aimer les statues.



La danseuse

Tes gestes de satin
Traversent mes miroirs.
La course de tes mains
Dessine une planète
Où je pose la tête
Pour attendre le soir
Lorsque tu es partie..

Angie
Quand je m'endormirai
Au creux de ton épaule
Tu ne sauras jamais
Si mes rêves te frôlent.



Par Daniel Barrois
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Dimanche 4 janvier 2004

... Les pissenlits dans les pavés sous les tractions . 
L’âge de raison
Et les chevaux de chez Pierchon 
Avec des moineaux dans leur traîne 
Qui chantaient leur dernière chanson

Aux rois de la p’tite reine..

C’était pas l’Amérique les mômes du baby-boom.
 
Avec nos cols marin à venger Pearl Harbour

Et le tapioca pour hisser les couleurs 
Aux minois patriotes des p’tits bébés Cadum,
C’était pas l’Amérique. C’était même pas la mer.. 
Mais, quand tu m’apprenais la vie à quatre mains,

Au lieu de l’autoroute, y’avait des gueules de loup. 
On n’allait pas bien loin. 
Mais c’était n’importe où.

 

 

Par Daniel Barrois
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Dimanche 4 janvier 2004

 

 

Ta p'tite lueur orpheline, 
Même sans vouloir faire racine, 
Y'a jamais qu'elle qui berce mes champs de blé...
Et sans tambours ni épate, 
A la criée, j'te kidnappe 
A en pleurer.

 

 

 

Par Daniel Barrois
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Mardi 4 janvier 2005

 

 Ta peau.. 
Quand j’y pose ma paume 
Ou que je la retiens 
Juste pour une pause 
Mon cœur contre le tien 
Quand son odeur m’inonde 
Au frisson du matin 
C’est la marée du monde 
Qui monte vers ton sein.

 Ton sein.. 
Il est la vague, il gonfle..
Je nage de l'autre à l'un
Mais si parfois je plonge,
 
Un peu, vers ton bassin 
Ton baiser se refuse
Et je ne suis plus qu’un
 
Vieux gamin 
Qui s'excuse
D’oser 
Poser 
La main.

Ma main..
Que ce soit l’une ou l’autre 
Elle reviendra demain. 
Si jamais tu te donnes 
Elle saura le chemin 
Mais si tu lui dis « pouce » 
Il ne restera qu’un 
Vieux gamin 
Presque louche 
D’oser 
Poser 
La main.

  

Par Daniel Barrois
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Mardi 4 janvier 2005

J’veux mourir de ma belle mort 
Suite à une longue... vie 
Sans qu’un type fass’ le rapport

De ma dernière maladie.

J’veux partir dans l'insouciance
Sans savoir ce qui m'emporte
sauf si c'est, dans l'ambulance,
Les bras tremblants d'une belle gosse
J'veux mourir avec ma gueule
 
Sans injections, sans vernis, 
En plus y faudrait faire jeune.. 
Franch’ment une bière ça m’suffit !

Si c’est grâce à une balle 
D’un de nos marchands d’ canon 
Et qu’il veuille payer la dalle 
J’interdis qu’on mette mon nom…

Mais si jamais je me plante 
Dans un bus des Pyrénées 
J’veux pas d’la chapelle ardente 
De l’église d’à côté… 

J’veux mourir de ma belle mort 
Bêtement.. Comme tout l’monde quoi.. 
Et sans faire le moindre effort
Pour comprendre quoi qu’ce soit.

Sans qu’on me culpabilise 
D’avoir même été un homme, 
Sans curé pour faire la liste 
Des péchés qu’il me pardonne..

Sans attendre la justice, 
Mon passeport, les assurances, 
La fin du libéralisme 
Ou la baisse du prix d’l’essence..

Je préfère me faire la belle 
C’est bien plus encourageant.. 
Pas besoin de cent pucelles 
De Sainte vierge ou de Satan,

Juste un sourire de toi 
Et, au fait, tant que j’y pense, 
Amour, dès que tu voudras, 
Reprends ton nom de naissance.

 

 

Par Daniel Barrois
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Mardi 4 janvier 2005

 

Et glisser dans tes yeux comme on ouvre un miroir 
Avec ses rues barrées et ses quartiers maudits..

Découvrir, d’un seul coup, ton sexe et ta mémoire 
Et trouver ce plaisir qu’on ne nous a pas dit. 

Et la dame de fer, et les soldats de plomb,

Et ces chevaux de bois à jamais désunis, 
Tous nos rêves d’enfant qui n’ont pas tourné rond

Les jeter dans ta chambre avec tous nos habits. 

T'aimer

 Sans rien avoir à faire, à choisir, à comprendre 
Qui ne nous mène encore au bonheur d'être ensemble.

Oublier le ghetto où nous avons grandi. 

Et trouver ce plaisir qu'on ne nous a pas dit. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Daniel Barrois
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Mercredi 9 mars 2005

Blessure hautaine et régressive,

Entre la lèvre et l'incisive

Son ongle a fait perler l'enfance

Et, dans un sourire, elle pourlèche

Le sang qui s'étoile et qui sèche

Comme les groseilles de l'innocence.

Mais déjà son bonheur se lasse...

Votre air satisfait, vos grimaces

Et ce désir condescendant

Sur l'envie qui vous défigure

Sont les causes de l'écorchure :

Votre machisme est contondant

Et votre amour... un traumatisme!

Alors, elle le fuit, d'un strabisme,

Et vous tire la langue en riant!

Puis... Sans doute un rien versatile,

Elle soupire en battant des cils :

"Pardon.. Vous étiez là?... Vraiment?

J'ai dû vous paraître bien laide...

Mais.. Vous avez des dents superbes..

S'il vous plaît, mordez moi... j'attends!”

Blessure hautaine et régressive,

Entre la lèvre et l'incisive

Est revenue perler l'enfance

Et, dans un sourire, elle pourlèche

Le sang qui s'étoile et qui sèche

Comme les groseilles de l'innocence.

Par BARROIS
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Mercredi 9 mars 2005

Je vends ma peau au meilleur prix.

Asseyez vous plus près mesdames,

Je suis encore très présentable

Et je n'ai toujours rien compris.

Bien sûr, je traîne quelques tares

Héréditaires, ou même acquises,

Mais j'en réserve la surprise

A celles qui savent ne pas voir.

Il en ait une, cependant,

Que j'assume et que je précise :

C'est la misogynie soumise

Que j'ai gardée de ma maman.

Ainsi, j'aime venir me poser,

Tel un chérubin, sur vos seins...

Mais dès que j'y laisse un baiser,

Malgré moi, je serre les poings.

Et si ma bouche qui s'empresse

De vos désirs à vos désordres

Etouffe un cri sous les caresses,

C'est d'abord pour ne pas vous mordre.

Bien sûr de telles frustrations

Chez un homme, un vrai, n'ont qu'un temps.

Bientôt, pour m'affirmer, je mens.

Ou pire : je me donne raison.

Mais.. si une insulte, un instant,

Voulait libérer mon désir,

Elle vous rendrait vierge et martyr!

Je me donne donc en chantant.

Par BARROIS
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Mercredi 9 mars 2005

Ne restera pas une place.

Pas le plus petit strapontin.

La foule adore les grimaces.

Les gens raffolent de pantins.

D’ailleurs les juges seront là,

Bien installés dans leurs pantoufles,

Et chacun retiendra son souffle

Lorsque la porte s’ouvrira...

Il entrera en souriant,

Le geste adapté à l’instant..

“Mes respects, messieurs les jurés,

Le spectacle peut commencer.

Mais, si vous voulez mon avis,

Le service est déjà compris :

Quatre rosettes et trois faux-cols,

On m’a embarqué au guignol!

Je rêve d’un autre protocole,

Sans costumes et sans piédestal,

Ni certitudes, ni auréoles,

Juste une vérité coupable

Aussi... Mais on aurait à peine

Le temps de balayer la scène

Qu’un type en chapeau, dans la salle,

Brandirait la nouvelle morale!

.. Enfin bref!..C’est un raccourci...”

Il est des mots qui ravigotent

Un président, même assoupi...

Un raccourci, c’est une litote..

Un pot-au-feu, c’est bon aussi

Avec une bière et des carottes

Au bar du Palais, à midi.

“Midi moins dix... A qui la faute?

Vous auriez été plus concis..

Il faut trancher. Ca nous désole...

Et sans faux-col!”

Par BARROIS
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Mercredi 9 mars 2005

Il prend le firpapa

Pour le père des planètes,

Il confond l'aigle-roi

Avec la girouette,

Quand il parle du ciel.

Il a des arbres creux

Pour embarquer ses malles,

Des balançoires bleues

Qui s'inventent des voiles,

Il dit que c'est la mer.

Solitude en guirlande,

Farandoles de mai,

La marée vient le prendre

Aux fêtes du quartier.

Il s'y jette en riant.

Quand les vents de septembre

Chantent l'humilité

Je le vois redescendre

De ses ailes mouillées

Vers son chagrin d'enfant.

Il a des terrains vagues

Au coeur des mercredis

Et des radeaux qu'il largue

En soufflant sous la pluie

Pour dominer la mer.

Il cherche dans les étoiles

Des plans d'îles aux trésors.

Il voit des cathédrales

Sous les branches et s'endort

Dans les orgues du ciel.

Par BARROIS
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